Ginette, ça fait des années que je la vois marcher en solo, d’abord, on entend ses bâtons de ski nordique qui piquent le sol au sommet du bitume, puis vient sa silhouette encapuchonnée qui rythme ses pas sur la piste.
Ginette marche seule, 3 fois par jour, à chaque fin de repas elle descend de son appartement du quartier du Breuil à Chevigny pour en faire le tour à pied. 40 minutes par sortie, par tous les temps, toutes les saisons, Ginette arpente les chaussées, histoire de s’occuper pour ne pas se laisser aller.
Jadis, Ginette sortait faire ses 3 petits tours avec son animal de compagnie, qui lui a faussé compagnie, un petit chien qui avait du mordant pour sa maîtresse, une histoire d’amour entre eux, un vide après tout.
Depuis son absence, dame Ginette se balade seule, sans son canin, elle refait le chemin sur les traces de son chagrin.
Ginette voyage autour de son pâté de maison, en pèlerinage sur les terres des empreintes à pattes de velours. Ginette ne courbe pas l’échine, tête haute sous sa capuche, Ginette garde le cap, elle continue sa route, le visage droit, dans la cadence de sa belle allure.
Toute seule et anonyme, elle marche seule dans la ville, une parenthèse sans personne.
P. M










28 décembre 2021
Quotidien