Gilles et John

27 février 2019

Quotidien

Contribution au débat des gilets jaunes

Dans son livre, Le loup dans la bergerie, paru en septembre 2018, Jean-Claude Michéa, dans la scolie 34 (page 160 et 161), écrit : « Car, au rythme où progresse effectivement ce brave new world libéral — synthèse programmée de Brazil, de Mad Max et de l’esprit calculateur des Thénardier — et si, d’autre part, aucun mouvement populaire autonome, capable d’agir collectivement à l’échelle mondiale — à l’image, par exemple, de Via Campesina —, ne se dessine rapidement à l’horizon (…), alors le jour n’est malheureusement plus éloigné où il ne restera presque rien à protéger des griffes du loup dans la vieille bergerie humaine ».

Alléluia!

En France arrive le mouvement des gilets jaunes, mouvement autonome qui, à juste titre, ne veut pas de représentants. Bravo!

Ce mouvement, issu d’une frange de la population précaire, en réaction à une augmentation des prix du carburant ne tarde pas à s’élargir. Les souffrances des gens qui n’ont même pas un minimum pour vivre éclatent dans les manifestations du samedi.

Je ne prendrai qu’un seul exemple pour mettre en évidence l’inadmissible dans les inégalités de notre pays. C’est le film « Sans adieu ». Comment un État (j’allais écrire une démocratie — il y a longtemps qu’il n’y a plus de démocratie en France —) peut-il laisser des personnes qui ont nourri les habitants de leur région vivre leur vieillesse dans des conditions pareilles ? Au-delà du scandale, c’est un crime !

Ce mouvement est-il légitime ?
Reportons-nous aux analyses pertinentes de Raoul-Marc Jennar dans son livre L’Europe, la trahison des élites (page 219) : « Nous existons parce que nous résistons. Nous, qui sommes les plus nombreux ; qui ne détenons ni le pouvoir de l’argent ni la force des armées et des polices ; qui sommes caricaturés et méprisés par le discours dominant qui sévit dans la plupart des médias et à l’université, n’oublions pas cependant ce que l’Histoire enseigne : chaque fois que nous avons eu la volonté de nous unir et de nous mobiliser, nous les avons fait reculer ».

Raoul-Marc Jennar rappelle (page 218) : « Ce que proclamait le 26 juin 1793, l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de l’An I : “Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs”. »
Nous y sommes avec les gilets jaunes.

Jean-Claude Michéa propose un mouvement du type Via Campesina. La revendication essentielle de ce mouvement est : « L’agriculture doit sortir de l’OMC ».

Pas seulement l’agriculture, les états doivent sortir de l’OMC pour reprendre leur autonomie, car actuellement ils sont, comme la France sous gouvernance mondiale sous la gouvernance de l’OMC et de ses deux bras armés, le FMI (Fonds Monétaire International) et la Banque mondiale, regroupés sous le sigle OEPC (Organe d’Évaluation des Politiques Commerciales).

Agnès Bertrand et Laurence Kalafatides, dans leur livre trop peu connu « L’OMC, le pouvoir invisible » nous montrent comment cette organisation a asservi tous les pays qui y ont adhéré.

J’ai rencontré Agnès Bertrand lors d’une de ses conférences, il y a trois ans je crois, et je lui ai posé la question suivante : « Agnès Bertrand, vous avez écrit un livre avec Laurence Kalafatides, L’OMC, le pouvoir invisible. L’OMC est une organisation qui n’a aucune légitimité démocratique et pourtant elle a trois pouvoirs : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir juridique.

-         Le pouvoir législatif à travers l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services) qu’elle a rédigé.

-         Le pouvoir exécutif à travers la Commission européenne qui applique l’AGCS.

-         Le pouvoir juridique à travers l’ORD (Office de Règlement des Différends).

Ne pensez-vous pas que pour reprendre la main, les États doivent sortir de l’OMC ? »

Agnès Bertrand s’empare du micro et me dit : « Monsieur, vous avez tout à fait raison ! »

Je n’avais pas beaucoup de mérite puisque ma question reprenait ce qu’elle avait démontré dans son livre écrit avec Laurence Kalafatides.

Mais, revenons à l’ORD, cette arme de destruction massive. Je cite le livre L’OMC, le pouvoir invisible (page 130) : « Les verdicts de ce tribunal de la guerre économique sont destinés à faire jurisprudence. La juridiction de l’ORD est plus étendue que celle d’aucun autre tribunal au monde. Ses procédures sont hermétiques et les délibérations se tiennent à huis clos. Des panels ou “groupes spéciaux” de trois à cinq experts non élus siègent au tribunal de l’OMC, au coup par coup. Ces experts-juges ne sont soumis à aucune obligation d’indépendance par rapport aux intérêts économiques.

Donc, le pouvoir absolu. »

Pour les lecteurs qui sont encore sceptiques, ils pourront lire la page 132 du livre de Raoul-Marc Jennar, L’Europe, la trahison des élites, pour en être convaincus.

Avec tout ce qui précède, on s’aperçoit que notre Président (comme ses prédécesseurs) n’est qu’une « marionnette » dont les ficelles sont tirées par les l’OEPC.

Il ne lui reste que les pouvoirs régaliens, à savoir : l’armée, la police et la justice.

Le pouvoir régalien de l’Armée, notre Président « va-t’en guerre » en use largement au détriment des finances publiques, comme un de ses prédécesseurs, M. Sarkozy, avec son intervention en Libye.

Le pouvoir régalien de la police, utilisé, par exemple, dans la répression des gilets jaunes.

Le pouvoir régalien de la justice que M. Macron est en train de démanteler au profit de l’ORD.

Que reste-t-il ?

La grande concertation nationale que je compare à un immeuble à trois étages – chaque niveau représentant un thème à aborder et construit sans fondations, et qui s’écroulera dès les négociations finies pour que notre Président reprenne sa politique jupitérienne de saccage dicté par l’OMC.

Ce saccage entrepris depuis de nombreuses années dans le monde et en France est immense.

En sortir n’est pas impossible, même si l’OMC met des barrières à cette sortie. Doit-on obéir à une organisation qui n’a aucune légitimité démocratique?

Je vais citer de nouveau Raoul-Marc Jennar (page 218 et 219) L’Europe, la trahison des élites : « Le combat contre la marchandisation de l’Europe et du Monde exige une mobilisation sans précédent de toutes les forces associatives et syndicales, de l’ensemble du mouvement social et des acteurs politiques encore trop rares qui en portent, de manière crédible et cohérente les analyses et les propositions. Il réclame le recours à tous les moyens que l’action non violente met à notre disposition. À tous, sans exception… il ne nous reste qu’une option : la désobéissance civile, c’est-à-dire, le recours à toutes les techniques non violentes de la protestation. Il faut mettre la désobéissance civile à l’ordre du jour pour créer ces rapports de force différents qui ont toujours été nécessaires pour obtenir les changements favorables au plus grand nombre… ».

Les lecteurs de ce texte vont se dire : « Mais que propose l’auteur ? »

Mon objectif est d’informer pour comprendre et pour ensuite agir.

En tant qu’individu, je n’ai pas la prétention d’apporter, seul, des solutions. Cela ne peut se faire que collectivement par la démocratie participative.

Les gilets jaunes de Commercy nous donnent, au niveau local, un exemple intéressant, Via Campesina au niveau mondial aussi et les Indiens du Chiapas un autre.

Le changement, c’est ici et maintenant.

Aux débats citoyens et à l’action (non violente) ! Continuons de fleurir les samedis de jaune.

 

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